Orange, mandarine, clémentine, citron, pamplemousse, pomelo : les agrumes sont des fruits très consommés, surtout en hiver. Ils sont souvent associés à la vitamine C, à la prévention du rhume, et leur jus à un geste de santé. La littérature scientifique est abondante, mais elle mélange souvent les fruits entiers, les jus et les compléments (comme l'hespéridine, un composé de l'orange). Cet article porte sur les agrumes en général, avec des précisions pour le pamplemousse et le citron quand les données diffèrent.
Effet le mieux établi : association entre consommation d'agrumes et risque plus faible d'AVC (études d'observation) Grade C
Aucun effet des agrumes sur la santé n'atteint une certitude élevée. Seul un point de vigilance l'atteint : l'interaction du pamplemousse avec de nombreux médicaments Grade A.
Comment sont attribués les grades ?
Nos grades suivent la méthode GRADE (Grading of Recommendations, Assessment, Development and Evaluation), le système de référence international utilisé notamment par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la collaboration Cochrane. Il mesure le niveau de confiance que l'on peut avoir dans un effet, à partir de l'ensemble des études disponibles.
| Grade | Certitude | Signification |
|---|---|---|
| Grade A | Élevée | Nous sommes très confiants : l'effet réel est proche de l'effet observé |
| Grade B | Modérée | L'effet réel est probablement proche de l'effet observé, mais pourrait être sensiblement différent |
| Grade C | Faible | Confiance limitée : l'effet réel pourrait être sensiblement différent |
| Grade D | Très faible | Très peu de confiance : l'effet réel est probablement très différent |
| {{-}} | Non évaluable | Aucune donnée chez l'humain (uniquement cellules ou animaux) |
Comment le grade est-il fixé ? Le point de départ dépend du type d'études : les essais randomisés (participants répartis au hasard) partent d'une certitude élevée, les études observationnelles (comme les cohortes) d'une certitude faible. Le grade est ensuite abaissé en cas de défauts méthodologiques, de résultats contradictoires, de preuves indirectes (jus ou compléments plutôt que le fruit entier, population très différente), de trop petits effectifs ou de suspicion que des études négatives n'aient pas été publiées. Il peut être relevé pour des études observationnelles en cas d'effet très important ou d'effet qui augmente avec la quantité consommée.
Le grade mesure la solidité des preuves, pas l'importance de l'effet ni sa dangerosité.
À savoir avant de lire : une étude de cohorte suit de très grands groupes de personnes pendant des années, en observant ce qu'elles mangent et qui tombe malade. Elle montre une association, pas une cause : les gros consommateurs de fruits ont souvent un mode de vie globalement plus sain. Par ailleurs, une partie des synthèses sur les jus d'agrumes ont été financées par la filière (par exemple l'association européenne des jus de fruits), ce qui ne rend pas leurs résultats faux, mais invite à la prudence.
Profil nutritionnel
Les valeurs suivantes viennent de la base de données nutritionnelle du ministère américain de l'Agriculture (USDA), pour 100 g de pulpe :
- Orange (variété navel) : environ 47 kcal, 8,6 g de sucres, 2,0 g de fibres, 59 mg de vitamine C, 166 mg de potassium et 25 µg de folates (vitamine B9).
- Mandarine : environ 53 kcal et 10,6 g de sucres.
- Citron (pulpe sans la peau) : environ 29 kcal, 2,5 g de sucres et 2,8 g de fibres.
Une orange de 140 g apporte environ 80 mg de vitamine C, soit environ 80 % du repère de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour un adulte (110 mg pour un homme, 95 mg pour une femme). Avec la peau, la teneur monte à environ 4,5 g de fibres et 71 mg de vitamine C pour 100 g, mais l'on ne mange en pratique que le zeste, en petite quantité.
Les agrumes contiennent aussi des flavanones, des composés végétaux étudiés pour leurs effets antioxydants, dont l'hespéridine (orange) et la naringénine (pamplemousse). Un effet antioxydant mesuré en laboratoire ne se traduit pas automatiquement par un bénéfice pour la santé chez l'humain.
Le jus d'orange conserve la vitamine C et les flavanones, mais perd l'essentiel des fibres de la pulpe, et se boit beaucoup plus vite qu'on ne mange le fruit.
Conclusion : des fruits peu caloriques, riches en vitamine C et en potassium. La plupart de leurs sucres sont accompagnés de fibres quand on mange le fruit entier.
Source(s)
- USDA FoodData Central — Oranges, raw, navels (FDC 746771) : https://fdc.nal.usda.gov/food-details/746771/nutrients
- USDA FoodData Central — Tangerines (mandarin oranges), raw (FDC 169105) : https://fdc.nal.usda.gov/food-details/169105/nutrients
- USDA FoodData Central — Oranges, raw, with peel (FDC 169919) : https://fdc.nal.usda.gov/food-details/169919/nutrients
- EFSA, rapport de synthèse sur les valeurs de référence nutritionnelles : https://efsa.europa.eu/en/supporting/pub/e15121
Cœur, AVC et mortalité : ce que disent les cohortes Grade C
La synthèse de référence est une méta-analyse (une étude qui regroupe les résultats de nombreuses études) de 95 cohortes sur les fruits et légumes. Pour l'ensemble des fruits, chaque tranche de 200 g par jour en plus est associée à un risque plus faible de maladie coronarienne (infarctus, angine de poitrine : environ 10 % de moins), d'AVC (environ 18 % de moins) et de mortalité toutes causes (environ 15 % de moins).
Pour les agrumes, cette analyse trouve des associations inverses avec les maladies cardiovasculaires et la mortalité toutes causes. Les plus gros consommateurs d'agrumes ont :
- un risque de maladie coronarienne inférieur d'environ 9 % (risque relatif de 0,91), mais l'association par tranche de 100 g par jour est à la limite de la significativité ;
- un risque d'AVC inférieur d'environ 26 % (risque relatif de 0,74), avec une relation dose-réponse : environ 22 % de moins par tranche de 100 g par jour.
Les résultats sont toutefois assez variables d'une étude à l'autre sur l'AVC, et pour le jus d'agrumes les données sont très peu nombreuses (deux études) et non significatives.
Une autre méta-analyse (21 études prospectives et 35 essais randomisés) trouve qu'une consommation faible à modérée de jus de fruits 100 % pur est associée à un risque plus faible d'AVC (jusqu'à 200 mL par jour) et d'événements cardiovasculaires (jusqu'à 170 mL par jour), sans association avec la maladie coronarienne ni le diabète. Elle a été financée par l'association européenne des jus de fruits.
Pourquoi ce grade ? Point de départ faible (cohortes), relevé d'un niveau (très nombreuses études, effet qui augmente avec la quantité pour l'AVC), puis abaissé d'un niveau : résultats hétérogènes d'une étude à l'autre, agrumes regroupés par questionnaire alimentaire, et mode de vie global des gros consommateurs de fruits plus sain.
Conclusion : une association favorable cohérente entre agrumes et AVC. Elle ne prouve pas que les agrumes seuls réduisent le risque, et les données sur le jus restent fragiles.
Source(s)
- Aune et al., 2017 — Int J Epidemiol (méta-analyse de 95 cohortes) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28338764/
- D'Elia et al., 2021 — Eur J Nutr (jus de fruits 100 %, financement par la filière) : https://doi.org/10.1007/s00394-020-02426-7
Tension artérielle Grade C
La tension artérielle s'exprime par deux chiffres : la pression systolique (le chiffre le plus haut) et la pression diastolique (le chiffre le plus bas), en millimètres de mercure (mmHg).
Les résultats portent surtout sur le jus d'orange :
- une méta-analyse de 8 essais randomisés (adultes en surpoids ou obèses) trouve que la consommation régulière de jus d'orange améliore la tension et augmente légèrement le HDL (le « bon » cholestérol), sans effet sur le cholestérol total, le LDL, les triglycérides, la glycémie ou la CRP (un marqueur d'inflammation) ;
- un essai espagnol en double aveugle (ni les participants ni les chercheurs ne savaient qui recevait quoi) sur 159 personnes à tension limite ou modérément élevée a donné 500 mL par jour de jus d'orange, de jus d'orange enrichi en hespéridine ou d'une boisson témoin pendant 12 semaines. La tension systolique et la pression pulsée (la différence entre les deux chiffres) ont baissé proportionnellement à la teneur en hespéridine de la boisson ;
- à l'inverse, une méta-analyse d'essais sur des compléments d'hespéridine ne trouve aucun effet significatif sur la tension ni sur le cholestérol ;
- une méta-analyse de 45 essais sur les baies, les agrumes et les cerises ne retient comme effet significatif sur la tension que le jus de canneberge et le jus de cerise.
Dans l'essai espagnol, 500 mL de jus représentent environ deux grands verres par jour, soit une charge en sucres non négligeable.
Pourquoi ce grade ? Point de départ élevé (essais randomisés), abaissé de deux niveaux : peu d'essais, résultats contradictoires selon la forme testée (jus ou complément), et preuve indirecte (grandes quantités de jus plutôt que fruit entier).
Conclusion : un effet possible du jus d'orange riche en hespéridine sur la tension, à des quantités élevées. Ne remplace aucun traitement de l'hypertension.
Source(s)
- Liu et al., 2022 — Food Funct (méta-analyse, 8 essais) : https://doi.org/10.1039/D2FO02195A
- Valls et al., 2021 — Eur J Nutr (essai Citrus, 159 participants) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32661681/
- Mohammadi et al., 2019 — Phytother Res (hespéridine en complément) : https://doi.org/10.1002/ptr.6264
- Wang et al., 2021 — Eur J Nutr (45 essais sur baies, agrumes et cerises) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7900084/
Rhume et vitamine C Grade B
C'est l'une des croyances les plus répandues : manger des oranges protégerait du rhume. La revue Cochrane de référence porte sur la vitamine C prise sous forme de compléments (29 essais, 11 306 participants), à des doses d'au moins 0,2 g par jour, soit environ deux oranges et demie.
- Dans la population générale, la prise régulière de vitamine C n'a pas d'effet sur le risque d'attraper un rhume (risque relatif de 0,97).
- Elle réduit légèrement la durée des rhumes : d'environ 8 % chez l'adulte et 14 % chez l'enfant.
- Chez des personnes soumises à un effort physique extrême et bref (marathoniens, skieurs, 598 participants), elle a divisé le risque de rhume par deux.
- Prise après le début des symptômes, elle n'a pas montré d'effet cohérent.
Cela ne dit rien d'une orange mangée en cas de rhume, mais il n'y a pas de raison de croire à un effet préventif.
Pourquoi ce grade ? Point de départ élevé (méta-analyse d'essais randomisés), abaissé d'un niveau pour preuve indirecte : les essais testent des compléments à doses fixes et non des oranges.
Conclusion : la vitamine C régulière ne prévient pas le rhume dans la population générale, mais elle peut en raccourcir légèrement la durée. Manger des agrumes reste utile pour les apports en vitamine C.
Source(s)
- Hemilä et Chalker, 2013 — Cochrane Database Syst Rev (29 essais) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8078152/
Diabète de type 2 : fruit entier ou jus ? Grade D
Trois grandes cohortes américaines (Nurses' Health Study I et II, Health Professionals Follow-up Study) ont comparé la consommation de dix fruits au risque de diabète de type 2. Pour chaque tranche de 3 portions par semaine, le risque de diabète était :
- inférieur d'environ 5 % pour le pamplemousse (risque relatif de 0,95, à peine significatif) ;
- sans association pour les oranges (risque relatif de 0,99) ;
- supérieur d'environ 8 % pour le jus de fruit (orange, pamplemousse, pomme et autres jus confondus, risque relatif de 1,08).
Remplacer des jus par des fruits entiers était associé à un risque plus faible. Aucun essai randomisé n'a testé cette question.
Pourquoi ce grade ? Point de départ faible (cohortes), abaissé d'un niveau : associations faibles et incohérentes d'un fruit à l'autre (oranges sans effet, pamplemousse à peine significatif), et une seule analyse de trois cohortes proches.
Conclusion : rien ne montre que les oranges prémunissent contre le diabète, et le jus semble moins favorable que le fruit entier. Pour une personne diabétique, le jus d'orange apporte des sucres rapidement absorbés : il vaut mieux préférer le fruit.
Source(s)
- Muraki et al., 2013 — BMJ (3 cohortes américaines) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23990623/
Cancer Grade D
Les données portent surtout sur les cancers de l'œsophage et de l'estomac, plus rarement sur le pancréas.
- Une méta-analyse de cohortes (WCRF/AICR, 2016) trouve que les plus gros consommateurs d'agrumes ont un risque de cancer de l'œsophage inférieur d'environ 23 % (risque relatif de 0,77, 7 études). Par tranche de 100 g par jour, l'association est à la limite de la significativité (risque relatif de 0,86, intervalle de 0,74 à 1,00). Pour le cancer de l'estomac, seule la partie haute de l'estomac (le cardia) est associée, et pas le reste.
- Des méta-analyses qui incluent surtout des études cas-témoins (on compare des personnes malades à des personnes en bonne santé pour regarder leurs habitudes passées) trouvent des associations plus fortes : risque de cancer de l'œsophage inférieur d'environ 35 %, surtout pour le carcinome épidermoïde, sans lien pour l'adénocarcinome. Ces études sont plus sujettes aux biais de mémoire.
- Pour le pancréas, une méta-analyse trouve un risque inférieur d'environ 17 % (odds ratio de 0,83), mais l'effet n'apparaît que dans les études cas-témoins.
Pourquoi ce grade ? Point de départ faible (études d'observation), abaissé d'un niveau : associations faibles ou à la limite de la significativité dans les cohortes, plus marquées dans les études cas-témoins, et variables selon le cancer.
Conclusion : une association possible avec le cancer de l'œsophage, qui reste à confirmer. Rien ne permet de présenter les agrumes comme un aliment anticancer.
Source(s)
- Vingeliene et al., 2016 — Cancer Causes Control (méta-analyse de cohortes) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4923099/
- Méta-analyse sur les agrumes et le cancer de l'œsophage, 2018 (25 études) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29595629/
- Méta-analyse sur les agrumes et le cancer de l'œsophage, 2015 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4616874/
- Bae et al., 2009 — Pancreas (agrumes et cancer du pancréas) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18824947/
Calculs rénaux Grade D
Les agrumes contiennent du citrate, une substance qui limite la formation de calculs de calcium dans les urines. Une revue de 13 articles sur les jus d'agrumes et les calculs rénaux montre un tableau contrasté :
- 3 grandes cohortes trouvent que le jus de pamplemousse est associé à un risque plus élevé de calculs, alors que le jus d'orange n'augmente pas le risque ;
- 10 petits essais montrent que les jus d'orange, de pamplemousse et de citron augmentent tous le citrate urinaire, mais que les jus d'orange et de pamplemousse augmentent aussi l'oxalate urinaire (autre composé impliqué dans les calculs) ;
- le jus de citron aurait un rôle protecteur plus faible que le jus d'orange.
Il s'agit d'une revue narrative, sans analyse chiffrée regroupée.
Pourquoi ce grade ? Point de départ faible (cohortes), et de petits essais ne mesurant que des marqueurs urinaires (preuve indirecte), avec des résultats contradictoires pour le pamplemousse (plus de risque en cohorte, effets favorables dans les essais).
Conclusion : pas de conseil clair sur les jus d'agrumes et les calculs. Les personnes ayant eu des calculs doivent en parler à leur médecin.
Source(s)
- Barghouthy et Somani, 2021 — Nutrients (revue narrative, 13 articles) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34836376/
Mémoire et déclin cognitif Grade D
- Essai randomisé : dans un essai en double aveugle (en crossover : chaque participant a testé les deux boissons) sur 37 adultes en bonne santé d'environ 67 ans, 500 mL par jour de jus d'orange riche en flavanones (environ 305 mg) pendant 8 semaines ont amélioré la fonction cognitive globale par rapport à une boisson orangée pauvre en flavanones.
- Cohortes : dans les cohortes américaines Nurses' Health Study et Health Professionals Follow-up Study (49 493 femmes et 27 842 hommes), les plus gros consommateurs de flavonoïdes (dont les oranges, pamplemousses et jus d'agrumes) avaient moins de plaintes de mémoire (déclin cognitif « subjectif », c'est-à-dire déclaré par les personnes) : risque inférieur d'environ 19 % (rapport de cotes de 0,81).
Pourquoi ce grade ? L'essai part d'une certitude élevée, mais il est abaissé de trois niveaux : un seul essai de petite taille, avec du jus plutôt que le fruit entier, à une quantité importante. Les cohortes partent d'une certitude faible et portent sur un critère subjectif.
Conclusion : une piste intéressante pour les flavanones, mais trop fragile pour affirmer que les agrumes protègent la mémoire.
Source(s)
- Kean et al., 2015 — Am J Clin Nutr (essai randomisé, 37 adultes âgés) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25733635/
- Yeh et al., 2021 — Neurology (cohortes NHS et HPFS) : https://scholars.mssm.edu/en/publications/long-term-dietary-flavonoid-intake-and-subjective-cognitive-decli/
⚠️ Grade A — Point de vigilance : pamplemousse et médicaments
Le grade indique ici la solidité des preuves concernant ce risque, pas sa gravité. Le pamplemousse contient des furanocoumarines, des composés qui bloquent une enzyme de l'intestin (le CYP3A4). Cette enzyme joue le rôle d'un filtre : elle dégrade normalement une partie de nombreux médicaments avant qu'ils passent dans le sang. Quand elle est bloquée, une plus grande quantité de médicament atteint le sang, comme si la dose avait été augmentée, avec un risque d'effets indésirables. Quelques points ressortent d'une revue de référence :
- toutes les formes du fruit sont concernées (jus pressé, concentré, fruit entier) ; un pamplemousse entier ou 200 mL de jus suffisent à produire un effet cliniquement notable ;
- l'orange amère de Séville (utilisée en marmelade), la lime et le pomelo produisent la même interaction, alors que les oranges douces (navel, Valencia) n'en contiennent pas ;
- plus de 85 médicaments peuvent interagir, dont 43 avec des effets indésirables graves ;
- l'interaction peut survenir même si le fruit est consommé plusieurs heures avant le médicament ;
- elle dépend du médicament (ce n'est pas un effet de classe) : il faut donc se renseigner pour chaque traitement ;
- les personnes âgées, qui prennent le plus de médicaments, sont les plus exposées.
- selon la revue, l'effet peut aussi aller dans l'autre sens pour certains médicaments : le pamplemousse et d'autres jus d'agrumes peuvent diminuer leur concentration dans le sang. Seul le pharmacien ou la notice permet de savoir ce qui s'applique à un traitement donné ;
Pourquoi ce grade ? Le mécanisme est bien établi et reproduit dans de nombreuses études de pharmacocinétique (mesure de la concentration des médicaments), documenté par une revue de référence : certitude élevée sur l'existence de l'interaction. Sa gravité dépend du médicament.
Conclusion : si vous prenez un traitement, lisez la notice et demandez à votre médecin ou à votre pharmacien si le pamplemousse (ou le pomelo, la lime, l'orange amère) est compatible. Ne jamais arrêter un traitement de sa propre initiative.
Source(s)
- Bailey et al., 2013 — CMAJ (revue sur les interactions pamplemousse-médicaments) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3589309/
⚠️ Grade D — Point de vigilance : érosion dentaire (jus)
Le grade indique ici la solidité des preuves concernant ce risque, pas sa gravité.
Les jus d'agrumes sont acides, et l'acide peut ramollir l'émail dentaire. Une revue systématique de 2019 sur le jus de fruit 100 % pur conclut que les preuves ne sont pas concluantes : les cohortes chez les enfants et les adolescents ne trouvent aucune association avec l'érosion dentaire ou les caries, mais des essais chez l'adulte (mesures sur l'émail) suggèrent que le jus pourrait y contribuer.
Pourquoi ce grade ? Résultats contradictoires entre cohortes (pas d'association) et essais sur l'émail (effet possible, preuve indirecte), avec des études de qualité hétérogène : certitude très faible.
Conclusion : par précaution, éviter de siroter du jus d'agrumes toute la journée, et préférer le fruit entier.
Source(s)
- 100 % fruit juice and dental health: a systematic review of the literature, 2019 — Front Public Health : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6640211/
Effets secondaires et précautions
- Jus : même 100 % pur jus, il apporte des sucres sans les fibres de la pulpe entière. Si vous en buvez, limitez-vous à un petit verre (150 à 200 mL) par jour.
- Pamplemousse : voir le point de vigilance ci-dessus.
- Sucres ajoutés : les « jus » à base de concentré, les nectars, les boissons aromatisées à l'orange ou au citron et les confitures contiennent souvent plus de sucre que de fruit.
Ce qu'il faut retenir
| Effet | Grade | Fiabilité |
|---|---|---|
| Cœur, AVC et mortalité (cohortes) | Grade C | Certitude faible : associations favorables, mais hétérogènes et observationnelles |
| Tension artérielle | Grade C | Certitude faible : effet du jus d'orange à fortes quantités, pas des compléments d'hespéridine |
| Rhume (vitamine C) | Grade B | Certitude modérée : pas d'effet préventif dans la population générale (compléments) |
| Diabète de type 2 | Grade D | Certitude très faible : oranges sans effet, jus associé à un risque plus élevé |
| Cancer | Grade D | Certitude très faible : œsophage surtout, associations faibles |
| Calculs rénaux | Grade D | Certitude très faible : résultats contradictoires selon le jus |
| Mémoire et déclin cognitif | Grade D | Certitude très faible : un petit essai, cohortes sur un critère subjectif |
| ⚠️ Pamplemousse et médicaments | Grade A | Certitude élevée : interaction établie, gravité variable selon le médicament |
| ⚠️ Érosion dentaire (jus) | Grade D | Certitude très faible : preuves non concluantes |
Conclusion et recommandations
Les agrumes sont d'excellents fruits : peu caloriques, riches en vitamine C et en potassium, et leur consommation régulière est associée dans les cohortes à un risque plus faible d'AVC. Mais leurs « vertus santé » sont souvent exagérées : ils ne protègent pas du rhume, ne préviennent pas démontrablement le diabète ni le cancer, et les bénéfices du jus d'orange sur la tension reposent sur de grandes quantités.
Le plus utile à retenir est pratique : préférer le fruit entier au jus, et se méfier du pamplemousse en cas de traitement médicamenteux.
Notre verdict
⭐⭐⭐⭐☆
VERDICT GLOBAL : 4/5
Des fruits sains, savoureux et accessibles en hiver, dont le fruit entier mérite une place régulière dans l'alimentation. Le point retiré reflète le fait que leurs bénéfices spécifiques restent modestes et surtout observationnels, que le jus perd beaucoup de l'intérêt du fruit, et que le pamplemousse pose un vrai problème d'interactions médicamenteuses.
Comment les consommer ?
- Fruit entier : une orange, une ou deux mandarines ou clémentines, ou la moitié d'un pamplemousse (sauf traitement concerné) apportent l'essentiel des bénéfices nutritionnels, avec leurs fibres.
- Jus : de préférence 100 % pur jus, sans sucre ajouté, en petite quantité (150 à 200 mL) et au cours d'un repas plutôt que sirotés toute la journée.
- Citron et lime : en jus ou en zeste pour assaisonner salades, poissons et plats cuisinés, ce qui permet de réduire le sel.
- Saison : en France, la pleine saison des oranges, mandarines et clémentines s'étend d'environ novembre à mars.
- Zeste : à utiliser de préférence issu de fruits non traités après récolte, bien lavés.
Références scientifiques
Composition nutritionnelle
- USDA FoodData Central. Oranges, raw, navels (FDC 746771). https://fdc.nal.usda.gov/food-details/746771/nutrients
- USDA FoodData Central. Tangerines (mandarin oranges), raw (FDC 169105). https://fdc.nal.usda.gov/food-details/169105/nutrients
- USDA FoodData Central. Oranges, raw, with peel (FDC 169919). https://fdc.nal.usda.gov/food-details/169919/nutrients
- EFSA. Dietary Reference Values for nutrients, summary report. 2017. https://efsa.europa.eu/en/supporting/pub/e15121
Cœur, AVC et mortalité
- Aune D, Giovannucci E, Boffetta P, Fadnes LT, Keum N, Norat T, Greenwood DC, Riboli E, Vatten LJ, Tonstad S. Fruit and vegetable intake and the risk of cardiovascular disease, total cancer and all-cause mortality: a systematic review and dose-response meta-analysis of prospective studies. Int J Epidemiol. 2017;46(3):1029-1056. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28338764/
- D'Elia L, Dinu M, Sofi F, Volpe M, Strazzullo P, SINU Working Group. 100 % fruit juice intake and cardiovascular risk: a systematic review and meta-analysis of prospective and randomised controlled studies. Eur J Nutr. 2021. https://doi.org/10.1007/s00394-020-02426-7
Tension artérielle
- Liu et al. Does chronic consumption of orange juice improve cardiovascular risk factors in overweight and obese adults? A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Food Funct. 2022;13:11945-11953. https://doi.org/10.1039/D2FO02195A
- Valls RM, Pedret A, Calderón-Pérez L, et al. Effects of hesperidin in orange juice on blood and pulse pressures in mildly hypertensive individuals: a randomized controlled trial (Citrus study). Eur J Nutr. 2021;60(3):1277-1288. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32661681/
- Mohammadi M, et al. Hesperidin, a major flavonoid in orange juice, might not affect lipid profile and blood pressure: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled clinical trials. Phytother Res. 2019. https://doi.org/10.1002/ptr.6264
- Wang Y, Gallegos JL, Haskell-Ramsay C, Lodge JK. Effects of chronic consumption of specific fruit (berries, citrus and cherries) on CVD risk factors: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Eur J Nutr. 2021;60(2):615-639. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7900084/
Rhume et vitamine C
- Hemilä H, Chalker E. Vitamin C for preventing and treating the common cold. Cochrane Database Syst Rev. 2013;(1):CD000980. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8078152/
Diabète de type 2
- Muraki I, Imamura F, Manson JE, Hu FB, Willett WC, van Dam RM, Sun Q. Fruit consumption and risk of type 2 diabetes: results from three prospective longitudinal cohort studies. BMJ. 2013;347:f5001. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23990623/
Cancer
- Vingeliene S, Chan DSM, Aune D, et al. An update of the WCRF/AICR systematic literature review on esophageal and gastric cancers and citrus fruits intake. Cancer Causes Control. 2016;27(7). https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4923099/
- Intakes of citrus fruit and risk of esophageal cancer: a meta-analysis. 2018. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29595629/
- Citrus fruit intake substantially reduces the risk of esophageal cancer: a meta-analysis of epidemiologic studies. 2015. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4616874/
- Citrus fruit intake and pancreatic cancer risk: a quantitative systematic review. Pancreas. 2009. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18824947/
Calculs rénaux
- Barghouthy Y, Somani BK. Role of citrus fruit juices in prevention of kidney stone disease (KSD): a narrative review. Nutrients. 2021;13(11):4117. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34836376/
Cognition
- Kean RJ, Lamport DJ, Dodd GF, et al. Chronic consumption of flavanone-rich orange juice is associated with cognitive benefits: an 8-wk, randomized, double-blind, placebo-controlled trial in healthy older adults. Am J Clin Nutr. 2015;101(3):506-514. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25733635/
- Yeh TS, Yuan C, Ascherio A, Rosner BA, Willett WC, Blacker D. Long-term dietary flavonoid intake and subjective cognitive decline in US men and women. Neurology. 2021. https://scholars.mssm.edu/en/publications/long-term-dietary-flavonoid-intake-and-subjective-cognitive-decli/
Sécurité
- Bailey DG, Dresser G, Arnold JMO. Grapefruit-medication interactions: forbidden fruit or avoidable consequences? CMAJ. 2013;185(4):309-316. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3589309/
- 100 % fruit juice and dental health: a systematic review of the literature. Front Public Health. 2019;7:190. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6640211/
Cet article a un but informatif et ne remplace pas un avis médical individualisé. Il a été rédigé avec l'assistance de l'intelligence artificielle, à partir des études scientifiques référencées, puis relu et validé par la rédaction. Pour tout signalement d'erreur, contactez-nous à contact@sciencetruths.com.